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GABON : 1,2 MILLION D’ÉTRANGERS, UN SIGNAL D’ALARME NATIONAL ! MONSIEUR EDGARD MOUKOUMBI, LE TEMPS DES DISCOURS EST TERMINÉ, PLACE À L’ACTION !

GABON : 1,2 MILLION D’ÉTRANGERS, UN SIGNAL D’ALARME NATIONAL ! MONSIEUR EDGARD MOUKOUMBI, LE TEMPS DES DISCOURS EST TERMINÉ, PLACE À L’ACTION ! PLUSIEURS JOURS D’ENQUÊTE. DES QUESTIONS MAJEURES SUR L’IMMIGRATION AU GABON. CONTRÔLE DES FRONTIÈRES, SÉCURITÉ NATIONALE : LE GABON FACE À SES DÉFIS.

PLUSIEURS JOURS D’ENQUÊTE. DES QUESTIONS MAJEURES SUR L’IMMIGRATION AU GABON.

CONTRÔLE DES FRONTIÈRES, SÉCURITÉ NATIONALE : LE GABON FACE À SES DÉFIS.

La gestion de l’immigration constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour l’administration gabonaise. Maîtrise des frontières, régularité du séjour des ressortissants étrangers, fiabilité des données démographiques et capacité des services compétents à assurer le suivi des flux migratoires : autant de questions qui méritent un examen approfondi.

Face à ces enjeux, BANTOUINFO.COM lance une série spéciale d’investigations consacrée à la situation de l’immigration au Gabon.

Pendant une dizaine de jours, notre rédaction publiera une série d’articles fondés sur les investigations menées, les informations recueillies et les témoignages de personnes ayant accepté de se confier à nos journalistes.

Combien d’étrangers vivent réellement au Gabon ? Les données disponibles permettent-elles d’établir une situation précise ? Les dispositifs de contrôle et de suivi de l’immigration sont-ils à la hauteur des enjeux ? Ce sont autant de questions auxquelles notre série entend apporter des éléments de compréhension, en s’appuyant sur des informations vérifiables.

Un chiffre de 1,2 million d’étrangers est parfois avancé dans le débat public. Son origine, sa méthode de calcul et sa conformité aux données officielles devront être examinées avec rigueur avant de pouvoir en tirer des conclusions.

MONSIEUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, LE TEMPS DES ANNONCES DOIT S’ACCOMPAGNER DE RÉSULTATS CONCRETS.

La gestion de l’immigration ne saurait se limiter aux déclarations d’intention. Elle appelle des données fiables, des mécanismes de contrôle efficaces, une administration capable d’assurer ses missions et une politique publique lisible.

Notre démarche n’a pas pour objectif de stigmatiser les ressortissants étrangers. Elle vise à interroger les politiques publiques, à examiner le fonctionnement des services compétents et à contribuer à un débat national fondé sur les faits, le droit et l’intérêt général.

AUJOURD’HUI, BANTOUINFO.COM OUVRE LE PREMIER VOLET DE CETTE SÉRIE.

Durant dix jours, nous donnerons à nos lecteurs des clés pour comprendre les réalités, les difficultés et les enjeux de la politique migratoire gabonaise.

Les autorités compétentes pourront également apporter leurs éclairages et répondre aux interrogations soulevées par nos investigations.

Le Gabon a besoin de données fiables, d’une politique migratoire claire et d’une action publique à la hauteur des enjeux.

Immigration, souveraineté, sécurité nationale : BantouInfo interpelle le nouveau ministre de l’Intérieur et attend des actes concrets. Le Gabon ne peut pas faire l’économie d’un débat national sur la maîtrise de ses frontières et le contrôle de sa population étrangère.

Par la Rédaction de BantouInfo                       

Libreville, Monsieur Edgard MOUKOUMBI, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, votre nomination à la tête de ce département régalien intervient dans un contexte où la question migratoire mérite une attention particulière. BantouInfo suivra avec la plus grande attention les décisions que vous prendrez, les mesures que vous engagerez et les résultats que vous obtiendrez dans ce domaine stratégique pour l’avenir du Gabon.

Nous ne nous contenterons pas de déclarations d’intention. Nous observerons les actes, nous examinerons les résultats et nous interpellerons les autorités compétentes chaque fois que l’intérêt national l’exigera.

Car une question fondamentale se pose désormais : le Gabon maîtrise-t-il réellement les flux migratoires sur son territoire ?

Les chiffres issus des premiers résultats du Recensement général de la population et des logements (RGPL), présentés le 1er septembre 2026, donnent à cette interrogation une dimension particulière.

Selon les données rapportées par l’Agence gabonaise de presse, le Gabon compte 3 518 621 habitants, dont 2 318 365 Gabonais. Les 1 200 256 autres résidents sont de nationalité étrangère, soit environ 34,1 % de la population recensée.

Ces chiffres doivent être regardés en face.

Plus de 1,2 million de ressortissants étrangers dans un pays qui compte environ 2,3 millions de citoyens gabonais : ce rapport démographique interpelle et appelle une véritable politique publique.

Il ne s’agit pas de désigner les étrangers comme des ennemis, ni de confondre les personnes en situation régulière avec celles qui ne respectent pas les lois de la République. Les étrangers qui vivent légalement au Gabon, y travaillent, y investissent et respectent nos institutions ont des droits que l'État doit garantir.

Mais le respect des droits ne saurait dispenser les pouvoirs publics de leurs responsabilités en matière de contrôle migratoire, de sécurité et de protection des intérêts nationaux.

Monsieur le Ministre, le Gabon ne peut pas se permettre de traiter cette question comme un simple dossier administratif.

I. MONSIEUR LE MINISTRE, LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ATTEND DES RÉSULTATS, PAS DES FORMULES CHOC !

Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, vous a confié un département ministériel dont les responsabilités touchent directement à la sécurité intérieure, à l'administration territoriale et à la protection des frontières.

Cette confiance vous oblige.

Le pays n'attend pas de vous une succession de déclarations spectaculaires. Il attend une administration efficace, des mécanismes de contrôle opérationnels, une meilleure coordination des services et des résultats mesurables.

Vous avez récemment pris vos fonctions en mettant notamment en avant la transparence, l'exemplarité et la lutte contre la criminalité transfrontalière. Ces priorités ont été rapportées par l'Agence gabonaise de presse le 16 octobre 2026.

BantouInfo prend acte de ces engagements.

Mais une question demeure : comment ces orientations se traduiront-elles concrètement dans la gestion des frontières et le suivi des étrangers présents sur le territoire national ?

Le Gabon a besoin d'une politique migratoire cohérente, fondée sur des données fiables, une application effective de la loi et une administration capable de connaître les mouvements de personnes qui entrent sur son territoire, y séjournent et en sortent.

Monsieur le Ministre, le temps des annonces doit maintenant céder la place à celui des résultats.

Le pays est confronté à des défis importants. Les ambitions de développement portées par le chef de l'État ne peuvent être pleinement réalisées sans une politique sérieuse de maîtrise des frontières, d'identification des résidents et de lutte contre les séjours irréguliers.

Une politique migratoire insuffisamment appliquée fragilise la capacité de l'État à connaître sa population, à planifier ses services et à faire respecter ses décisions.

Voilà le problème que nous vous demandons de prendre à bras-le-corps.

II. 34,1 % DE RÉSIDENTS ÉTRANGERS : UN CHIFFRE QUI EXIGE DES EXPLICATIONS ET DES MESURES !

Le chiffre de 1 200 256 ressortissants étrangers doit conduire le gouvernement à examiner plusieurs questions essentielles.

Combien de ces personnes disposent-elles de titres de séjour valides ?

Combien exercent une activité professionnelle dans le respect des règles applicables ?

Combien sont installées au Gabon depuis plusieurs générations ?

Combien sont en situation irrégulière ?

Combien de personnes entrent chaque année sur le territoire sans que leur situation administrative soit correctement suivie ?

Combien quittent le pays sans que les services compétents puissent enregistrer leur départ ?

Autant de questions auxquelles l'administration doit pouvoir répondre.

Il faut néanmoins être précis : le recensement mesure la population et sa composition, mais il ne démontre pas que les 1 200 256 étrangers sont en situation irrégulière. Il ne permet pas davantage d'affirmer que cette population constitue, dans son ensemble, une menace pour la sécurité nationale.

Cette distinction est indispensable à toute politique sérieuse.

Cependant, l'ampleur de la population étrangère recensée justifie un examen approfondi des dispositifs d'immigration, des capacités d'accueil, des besoins en services publics et des mécanismes de contrôle.

Le gouvernement doit publier des données permettant de distinguer les résidents réguliers, les personnes en situation irrégulière et les différentes catégories de séjour.

Nous voulons des chiffres vérifiables, pas des approximations. Nous voulons une politique publique fondée sur les faits, pas sur les rumeurs.

Monsieur Moukoumbi, votre première responsabilité est de transformer cette photographie démographique en un véritable outil de pilotage de la politique migratoire.

III. IMMIGRATION ET SOUVERAINETÉ : LE GABON DOIT ANTICIPER LES RISQUES

La souveraineté d'un État ne se mesure pas simplement au nombre de ses ressortissants par rapport aux étrangers présents sur son territoire.

Elle repose sur sa capacité à faire appliquer ses lois, à protéger ses frontières, à maîtriser ses choix économiques et à garantir le fonctionnement de ses institutions.

Il serait donc erroné de considérer que la présence d'une population étrangère importante entraîne automatiquement une perte de souveraineté.

En revanche, un État qui ne maîtrise pas ses frontières, ne connaît pas suffisamment la situation administrative des personnes présentes sur son territoire et ne parvient pas à faire appliquer ses lois s'expose à des vulnérabilités réelles.

C'est là que se situe l'enjeu gabonais.

Sur le plan sécuritaire

Des frontières insuffisamment contrôlées peuvent faciliter les entrées irrégulières, les trafics transfrontaliers, la circulation de faux documents et les déplacements de personnes impliquées dans des activités criminelles.

Cela ne signifie évidemment pas que les étrangers sont responsables de ces phénomènes. La criminalité doit être combattue sur la base de faits individuels, indépendamment de la nationalité.

Mais une administration qui ne dispose pas d'informations fiables sur les entrées, les sorties et les titres de séjour rencontre nécessairement davantage de difficultés pour identifier les situations à risque.

Le Gabon doit donc renforcer ses moyens de contrôle et sa coopération entre services de sécurité.

Sur le plan économique

Le développement du Gabon doit bénéficier en priorité à sa population et contribuer à améliorer les conditions de vie des citoyens.

Lorsque des activités sont exercées sans respecter les règles relatives au séjour, au travail, à la fiscalité ou à l'enregistrement des entreprises, l'État peut subir des pertes de recettes et les acteurs économiques respectueux des règles peuvent être désavantagés.

Il faut également examiner les conditions d'accès à l'emploi, la concurrence entre travailleurs, la régularité des activités commerciales et la contribution fiscale des entreprises.

Toutefois, la présence de travailleurs et d'entrepreneurs étrangers en situation régulière peut aussi contribuer à la production, à l'investissement et à la création d'emplois.

La véritable exigence est donc celle de l'équité : les mêmes règles doivent être appliquées à tous, et les intérêts économiques des Gabonais doivent être effectivement protégés.

Sur le plan social et territorial

Une croissance démographique rapide, lorsqu'elle est mal anticipée, peut exercer une pression sur les logements, les transports, les établissements scolaires, les structures sanitaires et les infrastructures urbaines.

Mais pour établir la part exacte de cette pression attribuable à l'immigration, le gouvernement doit disposer d'études territoriales et démographiques précises.

À Libreville, à Owendo, à Akanda et dans les autres centres urbains, l'aménagement du territoire doit tenir compte des populations réellement présentes, des besoins en équipements et des capacités des collectivités locales.

La planification ne peut pas se faire à l'aveugle.

Sur le plan sanitaire

Le contrôle administratif des entrées et des séjours doit s'accompagner d'un accès approprié aux services de santé et du respect des règles sanitaires applicables.

Les autorités doivent renforcer la surveillance épidémiologique, la prévention et la coopération avec les services sanitaires des pays voisins.

Il serait cependant injustifié d'associer la nationalité étrangère à un risque sanitaire particulier sans données scientifiques.

La santé publique exige des mesures proportionnées et fondées sur les faits, non la stigmatisation d'une population.

Sur le plan de l'occupation de l'espace

Le Gabon dispose d'un territoire étendu et d'une population relativement peu nombreuse au regard de sa superficie.

La question n'est donc pas simplement de savoir combien d'étrangers vivent au Gabon. Elle consiste aussi à déterminer où ils vivent, dans quelles conditions, quelles sont les capacités des infrastructures locales et comment les pouvoirs publics peuvent mieux organiser le territoire.

L'État doit connaître les réalités de ses quartiers, de ses villages, de ses zones économiques et de ses régions frontalières.

Cette connaissance est nécessaire à la sécurité, mais également au développement.

IV. MONSIEUR LE MINISTRE, LES FRONTIÈRES NE DOIVENT PAS ÊTRE DE SIMPLES TRAITS SUR UNE CARTE !

Les inquiétudes relatives au contrôle des frontières gabonaises sont régulièrement exprimées dans le débat public.

Il appartient désormais aux autorités de les examiner à partir de données opérationnelles : effectifs disponibles, postes de contrôle, équipements, moyens de communication, couverture territoriale, dispositifs de surveillance et coopération avec les pays voisins.

Si des insuffisances sont constatées, elles doivent être corrigées.

Le Gabon ne peut pas prétendre assurer une maîtrise efficace de son territoire si les services concernés ne disposent pas des moyens nécessaires pour accomplir leurs missions.

Monsieur Moukoumbi, vous avez des équipes, des directions techniques, des services de police, des structures territoriales et des partenaires institutionnels.

Vous devez les mobiliser autour d'un objectif commun : faire respecter les lois de la République et rétablir une connaissance fiable des mouvements migratoires.

Il faut notamment :

  • renforcer les contrôles aux points d'entrée officiels ;

  • améliorer la surveillance des zones frontalières sensibles ;

  • moderniser les systèmes d'enregistrement des entrées et des sorties ;

  • renforcer les capacités des services chargés de l'immigration ;

  • lutter contre la corruption et les complicités éventuelles qui faciliteraient les entrées irrégulières ;

  • développer les échanges d'informations avec les administrations des pays voisins ;

  • assurer un contrôle effectif des titres de séjour et des autorisations de travail.

Il faut aussi veiller à ce que les contrôles soient menés dans le respect des droits fondamentaux et sans discrimination fondée sur l'origine ou la nationalité.

La fermeté de l'État se mesure à l'efficacité de ses institutions, pas à la brutalité de ses méthodes.

V. LE GABON DOIT TIRER LES LEÇONS DE L'EXPÉRIENCE INTERNATIONALE

Monsieur le Ministre, plusieurs pays ont connu des difficultés liées à la gestion des migrations, aux tensions sociales, à l'intégration et au contrôle de leurs frontières.

Ces expériences doivent être étudiées sérieusement, sans tomber dans les raccourcis.

La Côte d'Ivoire : la nécessité d'une politique d'identification et de nationalité rigoureuse

La Côte d'Ivoire a une longue histoire d'immigration régionale, notamment liée aux besoins de son économie agricole et commerciale.

Les débats sur la nationalité, les droits fonciers et la représentation politique y ont contribué à des tensions majeures, particulièrement dans les années 1990 et 2000.

Cette expérience montre que les questions d'identité, de nationalité, de séjour et d'accès aux droits doivent être encadrées par des règles claires et des procédures administratives fiables.

Elle rappelle également que la politisation de ces questions peut accentuer les divisions au lieu de les résoudre.

Le Liban : les limites d'un équilibre institutionnel fragile

Le Liban illustre les difficultés auxquelles un pays peut être confronté lorsque sa stabilité institutionnelle dépend d'équilibres démographiques, confessionnels et politiques complexes.

Toutefois, ses crises ne peuvent pas être attribuées à la seule présence de populations étrangères : elles résultent d'une histoire politique, de conflits régionaux et de fragilités institutionnelles multiples.

L'enseignement pour le Gabon est ailleurs : la stabilité nationale exige des institutions solides, des règles communes et une capacité à anticiper les tensions sociales.

Le Royaume-Uni : la maîtrise des frontières comme enjeu politique majeur

Au Royaume-Uni, la question migratoire a occupé une place centrale dans le débat politique, notamment dans les discussions ayant précédé le référendum sur le Brexit en 2016.

Les débats sur le contrôle des frontières, l'immigration et la souveraineté ont contribué à structurer les choix politiques du pays.

Cette expérience montre que les préoccupations relatives à l'immigration peuvent devenir déterminantes lorsque les citoyens estiment que les autorités ne répondent pas suffisamment à leurs attentes.

Elle montre aussi que les politiques migratoires doivent être évaluées à partir de résultats concrets, plutôt qu'à travers des promesses.

La leçon commune est claire : une politique migratoire doit être anticipée, organisée et appliquée. Elle ne doit être ni improvisée ni instrumentalisée.

Le Gabon doit tirer ses propres conclusions à partir de sa situation, de ses lois et de ses priorités nationales.

VI. LE COUP DE LA LIBÉRATION A AUSSI FAIT NAÎTRE DES ATTENTES EN MATIÈRE DE SOUVERAINETÉ

Monsieur le Ministre, il serait imprudent d'ignorer les préoccupations exprimées par une partie de la population gabonaise au sujet de la place des étrangers dans la vie économique, administrative et politique du pays.

Le 30 août 2023, le coup d'État militaire qui a mis fin au pouvoir d'Ali Bongo Ondimba a ouvert une nouvelle séquence politique.

Dans le débat public, les attentes relatives à la souveraineté nationale, à la gouvernance et à la place des Gabonais dans les institutions ont été largement exprimées.

Les interrogations sur la présence de ressortissants étrangers à des postes de responsabilité ont également nourri des discussions.

Il faut néanmoins distinguer ces perceptions de faits établis : la nationalité d'un responsable ne suffit pas à démontrer une irrégularité, et toute nomination doit être examinée au regard des textes applicables.

Mais une exigence légitime demeure : les règles relatives à l'accès aux emplois publics, aux fonctions sensibles et aux responsabilités stratégiques doivent être claires, transparentes et effectivement respectées.

Les Gabonais doivent pouvoir constater que leur État protège l'intérêt général, veille au respect des conditions légales de recrutement et garantit l'égalité devant la loi.

La souveraineté ne consiste pas à exclure indistinctement les personnes étrangères. Elle consiste à faire en sorte que les décisions qui engagent le pays soient prises conformément aux lois de la République et dans l'intérêt national.

C'est cette exigence qui doit guider votre action.

VII. LES ÉGLISES DE RÉVEIL PEUVENT ATTENDRE : LA SÉCURITÉ NATIONALE NE PEUT PAS ATTENDRE !

Monsieur le Ministre, les questions relatives aux activités des églises de réveil et au respect de la réglementation qui leur est applicable peuvent légitimement relever de l'action de votre département.

Mais aucune opération administrative, aussi visible soit-elle, ne doit faire oublier les autres responsabilités du ministère.

La sécurité nationale ne se limite pas aux opérations ponctuelles menées dans les quartiers de Libreville.

Elle repose également sur le contrôle des frontières, la lutte contre la criminalité transfrontalière, la fiabilité des documents administratifs, le suivi des séjours et la coordination des services de sécurité.

Votre ministère doit être capable de mener plusieurs missions simultanément.

Il faut donc éviter que les opérations les plus médiatisées occupent toute la place au détriment des chantiers structurels.

La lutte contre les infractions doit être conduite partout où elles sont constatées, dans le respect de la loi et sans distinction arbitraire.

Monsieur le Ministre, la sécurité nationale ne doit pas être une affaire de communication. Elle doit être une politique permanente, structurée et évaluée.

VIII. IDRISS NGARI : L'EXIGENCE DE RIGUEUR QUE BANTOUINFO SOUHAITE VOIR RÉHABILITÉE

Dans la mémoire politique gabonaise, le nom du général Idriss Firmin Ngari reste associé à son passage au ministère de l'Intérieur entre 2002 et 2004. Cette période figure dans l'historique institutionnel du ministère.

Pour de nombreux Gabonais qui ont connu cette époque, son nom évoque une conception exigeante de l'autorité de l'État.

BantouInfo vous invite à vous inspirer de cette exigence de rigueur, de discipline administrative et de résultats.

Il ne s'agit pas de reproduire mécaniquement les méthodes d'un autre temps, ni de considérer que toute opération menée à cette époque serait nécessairement un modèle.

Il s'agit de rappeler un principe fondamental : un ministre de l'Intérieur doit pouvoir expliquer clairement ses objectifs, mobiliser ses services et rendre compte de ses résultats.

Monsieur Moukoumbi, les Gabonais attendent de vous une autorité qui se traduit dans les faits.

Ils attendent une administration qui connaît son territoire, des services qui accomplissent effectivement leurs missions et des décisions dont les résultats peuvent être mesurés.

Si des campagnes de contrôle ou de retour des personnes en situation irrégulière sont nécessaires, elles doivent être organisées avec méthode, sur une base légale, en distinguant les situations individuelles et en garantissant les voies de recours prévues par la loi.

La fermeté n'exclut ni le droit ni la dignité humaine.

Au contraire, une action ferme et légale est plus crédible et plus durable qu'une opération spectaculaire dépourvue de suivi.

IX. BANTOUINFO VOUS SOUMET SEPT PRIORITÉS POUR UNE POLITIQUE MIGRATOIRE EFFICACE

Monsieur le Ministre, il est temps de passer des préoccupations générales à des propositions concrètes.

BantouInfo vous soumet sept priorités.

1. Publier un état des lieux national de la situation migratoire

Le gouvernement doit établir une situation de référence à partir des données du recensement et des fichiers administratifs disponibles.

Cet état des lieux doit distinguer les nationalités, les catégories de séjour, les titres valides, les situations irrégulières identifiées et les principaux secteurs d'activité, dans le respect des règles de protection des données personnelles.

Il doit aussi permettre d'identifier les limites des données existantes.

2. Lancer une opération nationale de vérification des titres de séjour

Les services compétents doivent procéder à des contrôles administratifs ciblés, selon des critères objectifs et non discriminatoires.

L'objectif est d'identifier les personnes dont le séjour est régulier, celles dont la situation doit être mise à jour et celles qui se trouvent effectivement en situation irrégulière.

Une telle opération doit s'appuyer sur des procédures permettant de corriger les erreurs, de vérifier les documents et de traiter les situations particulières prévues par la loi.

3. Renforcer le contrôle des frontières terrestres, maritimes et aériennes

Le gouvernement doit évaluer les moyens disponibles, identifier les points vulnérables et renforcer les dispositifs de contrôle.

Cela implique des effectifs adaptés, des équipements fonctionnels, des systèmes d'information fiables et une coopération accrue avec les pays voisins.

La lutte contre la corruption au sein des services chargés des frontières doit constituer un volet essentiel de cette politique.

4. Appliquer la loi aux séjours irréguliers

Lorsque l'irrégularité est établie et qu'aucun droit au séjour ne peut être reconnu, les procédures prévues par la législation doivent être engagées.

Le retour des personnes concernées doit être organisé dans le respect des garanties juridiques applicables, des voies de recours et des obligations internationales du Gabon.

Il faut agir efficacement, mais sans confondre séjour irrégulier, criminalité et nationalité étrangère.

5. Mettre en place un dispositif de signalement citoyen encadré

Les habitants des quartiers et des villages peuvent contribuer à améliorer la sécurité en transmettant aux autorités des informations précises sur des infractions présumées ou des situations nécessitant une vérification administrative.

Cependant, cette participation doit passer par des canaux officiels, confidentiels et contrôlables.

Aucun citoyen ne doit être encouragé à pourchasser, menacer ou expulser lui-même une personne en raison de sa nationalité ou de son apparence.

Les signalements doivent être vérifiés par les agents habilités. Les fausses accusations et les actes de violence doivent être sanctionnés conformément à la loi.

6. Protéger les intérêts économiques et administratifs des Gabonais

Le gouvernement doit renforcer les contrôles relatifs au droit du travail, à la fiscalité, à l'immatriculation des entreprises et aux conditions légales d'accès aux emplois publics.

Il doit également favoriser la formation, l'insertion professionnelle et l'entrepreneuriat des Gabonais.

L'objectif est de garantir une concurrence loyale, de protéger les droits des travailleurs et de faire respecter les règles applicables à tous.

7. Présenter régulièrement un bilan public des résultats

BantouInfo propose que votre ministère publie périodiquement des indicateurs précis :

  • nombre de contrôles effectués ;

  • nombre de situations administratives vérifiées ;

  • nombre de séjours irréguliers effectivement constatés ;

  • nombre de décisions administratives prises ;

  • nombre de retours organisés dans le respect des procédures ;

  • évolution des moyens consacrés au contrôle des frontières ;

  • résultats des actions contre la corruption et la criminalité transfrontalière.

Ce bilan permettra aux citoyens de distinguer les annonces des résultats réels.

Voilà les actes que nous attendons, Monsieur le Ministre. Des objectifs, des moyens, un calendrier et des résultats vérifiables.

X. MONSIEUR MOUKOUMBI, LE TEMPS EST COMPTÉ : NE LAISSEZ PAS S'INSTALLER LA DÉFIANCE !

Monsieur le Ministre, nous voulons vous adresser un avertissement politique, mais aussi une invitation à l'action.

Lorsqu'une partie de la population estime que l'État ne maîtrise plus suffisamment ses frontières, que les règles ne sont pas appliquées avec la même rigueur à tous ou que les préoccupations nationales ne sont pas entendues, la défiance peut grandir.

Si cette défiance n'est pas traitée par des réponses institutionnelles crédibles, elle peut favoriser les tensions, les accusations collectives et les initiatives individuelles dangereuses.

Le Gabon ne doit pas en arriver là.

Il serait irresponsable d'encourager les citoyens à se substituer aux forces de sécurité ou à entreprendre eux-mêmes des expulsions. De telles pratiques exposeraient des personnes innocentes à des violences et fragiliseraient davantage l'autorité de l'État.

C'est précisément parce que nous voulons éviter ces dérives que nous demandons une action publique rapide, visible et efficace.

Si le gouvernement constate des insuffisances dans le contrôle migratoire, il doit les corriger.

Si des personnes séjournent irrégulièrement sur le territoire, leur situation doit être examinée et traitée conformément à la loi.

Si des réseaux organisent des entrées clandestines ou facilitent la fraude documentaire, ils doivent faire l'objet d'enquêtes et de poursuites lorsque les faits sont établis.

Et si les services chargés de cette mission manquent de moyens ou de coordination, il appartient au gouvernement d'y remédier.

Monsieur le Ministre, le président de la République vous a confié une responsabilité importante. Il vous revient de démontrer que votre département peut répondre aux attentes de la population avec méthode et détermination.

Nous vous demandons donc de prendre pleinement la mesure des préoccupations exprimées autour des chiffres du recensement.

Nous vous demandons de présenter une politique migratoire lisible.

Nous vous demandons d'engager les réformes nécessaires et de rendre compte des résultats obtenus.

CONCLUSION : LE GABON A BESOIN D'UNE POLITIQUE MIGRATOIRE A LA HAUTEUR DE SES ENJEUX

Monsieur Edgard Moukoumbi,

Le chiffre de 1 200 256 ressortissants étrangers recensés au Gabon constitue un élément majeur pour la planification nationale. Il appelle des analyses approfondies et des décisions fondées sur les réalités démographiques, économiques, sociales et sécuritaires du pays.

Mais il ne doit pas servir de prétexte à la stigmatisation de toutes les personnes étrangères. La responsabilité de l'État est de distinguer les situations, d'appliquer la loi et de protéger l'intérêt général.

La souveraineté nationale exige des frontières maîtrisées, une administration efficace, des institutions crédibles et des politiques publiques cohérentes.

Elle exige aussi que les Gabonais puissent constater que leurs préoccupations sont entendues et que les autorités prennent des mesures concrètes.

Le président Brice Clotaire Oligui Nguema porte des ambitions de transformation pour le pays. Ces ambitions nécessitent un État capable de connaître sa population, d'organiser son territoire et de faire respecter ses lois.

Une politique de développement ambitieuse ne peut pas se passer d'une politique migratoire sérieuse.

BantouInfo suivra donc vos décisions, vos mesures et vos résultats.

Nous examinerons les annonces de votre ministère, nous interrogerons les autorités sur les avancées réalisées et nous reviendrons sur ce dossier chaque fois que l'intérêt public le justifiera.

Nous souhaitons que vous fassiez preuve de la rigueur, de la méthode et du sens de l'État que les Gabonais attendent de leur ministre de l'Intérieur.

Monsieur le Ministre, l'heure n'est ni aux déclarations sans lendemain ni aux opérations de communication sans résultats.

L'heure est à l'action, à la responsabilité et à la transparence.

Le Gabon a besoin d'une politique migratoire qui protège sa souveraineté, respecte ses lois, garantit les droits de chacun et préserve la cohésion nationale.

C'est sur cette base que nous vous jugerons : non sur la force des formules, mais sur les résultats obtenus au service de la République.

BantouInfo restera attentif. Le débat est ouvert. Les actes sont désormais attendus.

La Rédaction de Bantouinfo .

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