GABON : OLIGUI NGUEMA FACE AU PIÈGE DU PDG – LE DIALOGUE NE DOIT PAS DEVENIR UN BLANCHIMENT POLITIQUE DE L’ANCIEN SYSTÈME.
Entre nécessité de rassemblement national et exigence de rupture avec les pratiques du passé, la rencontre entre le président de la République et le Parti démocratique gabonais soulève une question fondamentale : jusqu’où peut-on ouvrir les portes de la République à ceux dont la gouvernance a précisément provoqué la rupture du 30 août 2023 ?
Par la Rédaction de Bantou Info
PRÉAMBULE : RASSEMBLER LE GABON, OUI. OUBLIER SON HISTOIRE, NON !
La démocratie ne saurait se construire dans l'exclusion systématique, encore moins dans le règlement permanent des comptes politiques. Elle suppose le dialogue, la confrontation des idées, le respect des sensibilités et la coexistence des différentes forces politiques. Dans une République démocratique, le pouvoir doit pouvoir parler à l'opposition, écouter les anciens adversaires et rechercher des convergences lorsque l'intérêt supérieur de la nation l'exige.
C'est dans cette perspective que doit être appréciée l'audience accordée, le vendredi 30 octobre 2026, par le président de la République, Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, à une délégation du Parti démocratique gabonais (PDG), conduite par son président, Blaise LOUEMBE.
Une rencontre officiellement placée sous le signe du dialogue, de l'apaisement et de la cohésion nationale. Les responsables du PDG ont exprimé leur reconnaissance au chef de l'État, présenté leurs doléances et réaffirmé leur volonté d'accompagner sa vision pour le développement du Gabon. Le président de la République, pour sa part, a réaffirmé son attachement au rassemblement des Gabonais au-delà des appartenances politiques.
Mais derrière les sourires protocolaires et les déclarations de circonstance, une interrogation demeure : le rassemblement national exige-t-il nécessairement de réintroduire dans le cercle du pouvoir les responsables politiques qui ont incarné, pendant plusieurs décennies, le système que les événements du 30 août 2023 ont précisément interrompu ?
Le Gabon a besoin de réconciliation, certes. Mais il a également besoin de mémoire, de lucidité et de cohérence politique. Car le dialogue ne doit jamais devenir un instrument de réhabilitation automatique. Et le rassemblement ne doit pas être confondu avec l'effacement du passé.
I. LE 30 AOÛT 2023 : UNE RUPTURE HISTORIQUE AVEC CINQUANTE-SIX ANNÉES DE SYSTÈME PDG
Pour comprendre les enjeux de cette rencontre, il faut revenir à l'histoire récente du Gabon.
Le 30 août 2023 restera gravé dans la mémoire politique nationale comme une date de rupture. Ce jour-là, le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), conduit par le général Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, annonce la fin du régime d'Ali BONGO ONDIMBA, l'annulation du processus électoral et la dissolution des institutions.
C'est ainsi que prend fin une longue séquence politique dominée par le Parti démocratique gabonais, formation qui a exercé le pouvoir pendant cinquante-six années, depuis 1967.
Il ne s'agissait pas simplement d'un changement de dirigeants. C'était l'effondrement d'un système politique arrivé au terme de son cycle historique.
Pendant des décennies, les Gabonais avaient assisté à la concentration du pouvoir, à la persistance des inégalités, aux difficultés d'accès aux services sociaux de base, au chômage des jeunes, à la dégradation des infrastructures et à l'accumulation de frustrations sociales.
Le sentiment d'essoufflement était profond. Une partie importante de la population avait le sentiment que les richesses nationales ne se traduisaient pas suffisamment dans l'amélioration de ses conditions de vie.
Le 30 août 2023, les scènes de liesse observées dans plusieurs quartiers de Libreville et dans d'autres localités du pays ont traduit une aspiration puissante au changement. Une large partie des Gabonais a accueilli favorablement la chute du régime.
Il convient de ne pas transformer cette adhésion populaire observée en un chiffre de sondage non vérifié. Toutefois, les manifestations de joie et les témoignages recueillis à cette période ont clairement montré l'ampleur de l'espoir suscité par cette rupture.
Pour beaucoup de Gabonais, il était temps de tourner une page.
C'est dans ce contexte que le général OLIGUI NGUEMA a été investi d'une responsabilité historique : restaurer les institutions, rétablir la confiance, refonder l'État et donner au pays une nouvelle perspective.
La question fondamentale est donc celle-ci : comment préserver l'esprit du 30 août 2023 tout en construisant une République véritablement inclusive ?
II. LE DIALOGUE NATIONAL INCLUSIF : LE PEUPLE AVAIT EXPRIMÉ SES ATTENTES
Dans la logique de la refondation annoncée, le Dialogue national inclusif s'est tenu à Libreville du 2 au 30 avril 2024.
Ces assises ont réuni des représentants des différentes composantes de la société gabonaise : responsables politiques, société civile, syndicats, confessions religieuses, personnalités indépendantes et autres forces vives de la nation.
Les participants ont débattu des questions institutionnelles, politiques, économiques et sociales qui conditionnaient l'avenir du pays.
Il s'agissait de donner la parole aux Gabonais sur les fondements de la République qu'ils souhaitaient construire.
Et le PDG n'a évidemment pas échappé à cet examen collectif.
Sur le cas particulier de cette formation politique, les recommandations adoptées dans le cadre des travaux ont été particulièrement sévères. Elles préconisaient notamment la suspension du PDG et de ses alliés de la période 2016-2023 pour trois ans, l'ouverture d'enquêtes sur ses anciens et actuels dirigeants, ainsi que des mesures d'inéligibilité visant les principaux responsables concernés.
Ces recommandations traduisaient la profondeur du ressentiment d'une partie des participants à l'égard de l'ancien système.
Il faut cependant rappeler que ces propositions constituaient des recommandations du Dialogue national, et non une décision judiciaire prononçant la dissolution du parti.
Cette distinction juridique ne diminue en rien leur portée politique.
Le message était clair : le pays ne pouvait pas prétendre se reconstruire sans examiner les responsabilités de ceux qui avaient dirigé ses institutions pendant des décennies.
Le peuple avait exprimé ses frustrations. Les forces vives avaient formulé des propositions. Les conclusions du Dialogue national appelaient à une rupture avec les pratiques du passé.
Dès lors, une question s'impose : peut-on sérieusement prétendre incarner le renouveau tout en réinstallant, sans véritable transformation, les acteurs et les méthodes de l'ancien système au cœur des décisions publiques ?
III. LES URNES DE 2025 : LE PDG FACE AU VERDICT DES GABONAIS
La politique ne se résume pas aux déclarations de soutien. Elle se mesure également à la confiance que les citoyens accordent aux formations politiques.
Les élections législatives et locales de 2025 ont constitué un indicateur important de la nouvelle configuration politique gabonaise.
Les résultats législatifs sont particulièrement révélateurs. Selon les données publiées par l'Union interparlementaire, l'Union démocratique des bâtisseurs (UDB), conduite par Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, a remporté plus de cent sièges sur les 145 que compte la nouvelle Assemblée nationale, tandis que le PDG n'en a obtenu que quinze.
Ce résultat contraste fortement avec la position dominante que cette formation occupait sous l'ancien régime.
Il ne signifie pas que le PDG a disparu de la vie politique gabonaise. Quinze députés constituent une représentation parlementaire réelle, qui mérite d'être respectée. Mais il serait politiquement malhonnête de ne pas reconnaître que le rapport de forces a profondément changé.
Les élections locales et sénatoriales de 2025 ont également participé à cette recomposition institutionnelle.
Il faut en tirer une conclusion : le PDG ne peut plus prétendre représenter, à lui seul, la majorité politique du pays ni revendiquer naturellement une place privilégiée dans la gestion des affaires publiques.
La démocratie a parlé à travers les urnes. Et le résultat doit être respecté.
Il faut également éviter de confondre les scores nationaux avec les situations individuelles. Certains candidats ont connu des affrontements électoraux serrés, mais toute affirmation selon laquelle des dirigeants auraient été sauvés par une intervention particulière nécessiterait des preuves précises.
Le constat politique, lui, demeure : le PDG a perdu sa position hégémonique.
IV. LA CRISE INTERNE DU PDG : UNE LEÇON SUR LA LOYAUTÉ POLITIQUE
L'autre élément qui devrait retenir particulièrement l'attention du chef de l'État est la crise qui secoue actuellement le Parti démocratique gabonais.
Cette crise ne se limite pas à une simple querelle de personnes. Elle révèle une difficulté beaucoup plus profonde : celle d'une formation politique qui peine à clarifier son identité, son autorité légitime et son orientation après la perte du pouvoir.
Le 20 octobre 2026, Ali BONGO ONDIMBA a repris publiquement la parole pour contester la réorganisation de son ancien parti et revendiquer la présidence du PDG.
Dans son adresse aux militants, il a notamment affirmé que le parti avait perdu le pouvoir et que sa place était, logiquement, dans l'opposition. Il a également rejeté l'idée d'un PDG qui deviendrait la béquille d'une autre formation politique.
Cette déclaration mérite une attention particulière.
Car elle met en lumière une contradiction politique majeure.
D'un côté, certains responsables du PDG se rendent auprès du président OLIGUI NGUEMA pour exprimer leur soutien à sa vision et leur volonté de l'accompagner. De l'autre, l'ancien président du parti revendique une ligne d'indépendance et considère que la formation doit assumer son statut d'ancien parti au pouvoir devenu opposition.
La question de la cohérence politique est donc posée. Mais derrière cette contradiction se cache une interrogation encore plus importante : celle de la loyauté des hommes en politique.
Judas, Brutus et Machiavel : quand l'histoire enseigne au pouvoir à se méfier des fidélités de circonstance
L'histoire religieuse, l'histoire politique et la philosophie du pouvoir nous enseignent une leçon fondamentale : les déclarations de fidélité ne constituent pas toujours une garantie de loyauté. Et parfois, les plus grandes déceptions viennent précisément de ceux qui se trouvaient hier dans le cercle le plus proche du pouvoir.
Dans le récit biblique, Judas Iscariote fait partie des douze apôtres de Jésus-Christ. Il partage son intimité, bénéficie de sa confiance et appartient à son entourage immédiat. Pourtant, il finit par le trahir en le livrant à ses adversaires contre trente pièces d'argent.
La portée symbolique de cette histoire est considérable : la trahison peut venir de ceux qui ont partagé votre quotidien, bénéficié de votre confiance et connu les rouages de votre entourage. Judas n'était pas un adversaire extérieur. Il était un proche.
L'histoire romaine nous offre un autre exemple tout aussi saisissant avec Marcus Junius Brutus.
Jules César avait accordé sa confiance à plusieurs sénateurs, parmi lesquels Brutus. Pourtant, le 15 mars 44 avant Jésus-Christ, ce dernier participe au complot qui conduit à l'assassinat du dirigeant romain. La postérité a retenu cette trahison comme l'un des symboles les plus puissants de la déloyauté politique.
Ces deux références ne sont pas de simples illustrations historiques. Elles rappellent une vérité que tout dirigeant devrait méditer : la proximité avec le pouvoir ne garantit pas la fidélité, et les marques d'attachement d'aujourd'hui ne constituent pas nécessairement une assurance pour demain.
Mais cette leçon trouve une expression encore plus directe dans la pensée de Nicolas Machiavel.
Dans son célèbre ouvrage Le Prince, notamment au chapitre XVII, consacré à la cruauté, à la clémence et à la question de savoir s'il vaut mieux être aimé que craint, Machiavel développe une analyse particulièrement lucide de la nature humaine. Il décrit les hommes comme étant notamment ingrats, changeants, dissimulateurs et intéressés.
Il explique qu'un dirigeant ne doit jamais fonder toute sa sécurité politique sur les promesses de fidélité des hommes, car ceux-ci peuvent facilement modifier leur comportement lorsque leurs intérêts sont menacés ou que les circonstances changent.
Machiavel souligne également que les hommes sont plus enclins à défendre leurs intérêts personnels qu'à respecter durablement les engagements qui ne leur procurent plus aucun avantage.
Voilà précisément une lecture qui devrait interpeller le président de la République.
Monsieur le Président, vous avez vous-même déjà indiqué avoir lu Machiavel. Vous connaissez donc certainement la profondeur de cette réflexion sur les mécanismes du pouvoir et les comportements humains. Il serait paradoxal de connaître les enseignements du Florentin et de ne pas en tirer les conséquences dans la conduite des alliances politiques.
Il ne s'agit pas de gouverner dans la méfiance permanente, encore moins de considérer chaque collaborateur comme un adversaire potentiel. Il s'agit simplement de ne pas confondre les intérêts momentanément convergents avec une fidélité véritable.
Et c'est précisément là que l'exemple du PDG devient préoccupant.
Hier, de nombreux responsables de cette formation politique chantaient les louanges d'Ali BONGO ONDIMBA. Ils célébraient son leadership, défendaient ses décisions, bénéficiaient de sa confiance et participaient à la consolidation de son pouvoir. Ils étaient nombreux à se réclamer de son héritage politique et à défendre le système qu'il incarnait.
Aujourd'hui, alors que les rapports de force ont changé, certains de ces mêmes responsables prennent leurs distances avec celui qu'ils encensaient hier. Certains contestent désormais son autorité, d'autres cherchent à se rapprocher du nouveau pouvoir et d'autres encore semblent découvrir les limites d'un système auquel ils ont pourtant participé.
Cette évolution pose une question qui ne devrait laisser personne indifférent : si certains ont pu renier aussi rapidement Ali BONGO, après avoir bénéficié de son pouvoir et défendu son leadership pendant des années, qu'est-ce qui garantit qu'ils ne feront pas exactement la même chose demain avec Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA ?
Monsieur le Président, ceux qui renient aujourd'hui Ali BONGO ne vous garantissent absolument pas qu'ils ne vous renieront pas demain.
C'est là toute la leçon de Judas, de Brutus et de Machiavel.
Il serait particulièrement imprudent de croire que les responsables qui se pressent aujourd'hui autour de vous sont tous animés par une conviction profonde, une reconnaissance sincère ou une adhésion indéfectible à votre projet de société. Certains peuvent être sincères, mais d'autres peuvent simplement avoir compris que le centre de gravité du pouvoir s'est déplacé et qu'il leur faut désormais trouver leur place dans la nouvelle configuration politique.
La question n'est donc pas de savoir combien de responsables du PDG déclarent aujourd'hui vous soutenir. Elle est de savoir combien resteraient à vos côtés si, demain, votre politique venait à contrarier leurs intérêts personnels, leurs réseaux ou leurs ambitions.
Car la loyauté qui disparaît avec les privilèges n'a jamais été une véritable loyauté. C'était une relation d'intérêt.
Et il faut avoir le courage de regarder cette réalité en face : certains responsables qui ont accompagné Ali BONGO pendant des années ne semblent pas avoir eu besoin de beaucoup de temps pour réorienter leur discours politique. Rien ne permet donc d'affirmer que leur position actuelle à votre égard serait définitive.
Il serait injuste de condamner indistinctement tous les militants et responsables du PDG. Certains peuvent sincèrement avoir évolué, reconnu les erreurs du passé et souhaiter contribuer autrement à la construction nationale. Mais une chose est certaine : le chef de l'État ne doit pas accorder une confiance politique aveugle à ceux dont les comportements passés appellent précisément à la prudence.
Vous devez observer les actes davantage que les discours, les comportements davantage que les déclarations et la constance davantage que les démonstrations de soutien.
Ne commettez pas l'erreur de croire que ceux qui ont changé de camp pour vous rejoindre ne pourront jamais changer de camp contre vous.
La crise actuelle du PDG constitue, à cet égard, un avertissement politique suffisamment sérieux. Elle montre que les fidélités proclamées peuvent se fissurer lorsque les intérêts, les ambitions et les positions de pouvoir sont menacés.
Monsieur le Président, vous avez une responsabilité historique. Vous ne pouvez pas vous permettre de construire votre avenir politique sur des fidélités dont l'histoire récente démontre la fragilité.
L'homme d'État doit savoir dialoguer avec tout le monde, mais il doit aussi savoir à qui il confie les leviers de la République.
Car, en politique, le véritable allié n'est pas celui qui vous applaudit lorsque vous êtes au sommet du pouvoir. C'est celui qui demeure fidèle aux principes et à l'intérêt national lorsque les circonstances deviennent difficiles.
Ali Bongo a peut-être appris à ses dépens que les applaudissements d'hier ne constituent pas une garantie de fidélité pour demain. Le président OLIGUI NGUEMA devrait méditer cette leçon avant de faire du PDG un partenaire privilégié de son pouvoir.
La crise du PDG offre donc une leçon essentielle : avant d'accorder une confiance politique durable à une formation ou à ses responsables, il faut examiner leur comportement lorsque cette confiance ne leur procure aucun avantage. C'est dans l'épreuve des intérêts contrariés que se révèle la véritable nature des fidélités politiques.
V. LES DERNIÈRES DÉCLARATIONS D'ALI BONGO : UN AVEU POLITIQUE QUI INTERPELLE
La sortie d'Ali Bongo du 20 octobre 2026 mérite également une lecture politique attentive.
L'ancien président ne s'est pas contenté de contester la légitimité des décisions prises au sein du PDG depuis mars 2024. Il a clairement revendiqué son autorité historique sur la formation et défendu le principe selon lequel le parti doit désormais assumer une position d'opposition.
En substance, son message est celui d'un ancien chef de l'État qui refuse de voir son héritage politique lui échapper et qui entend peser sur l'avenir de sa formation.
Cette déclaration révèle surtout que le PDG n'a pas encore réglé sa relation avec son passé.
Elle pose une question fondamentale : peut-on prétendre accompagner le projet du président OLIGUI NGUEMA tout en restant prisonnier d'une bataille interne dont les principaux protagonistes revendiquent chacun une légitimité héritée de l'ancien système ?
La position exprimée par Ali BONGO est d'autant plus intéressante qu'elle rejoint, sur un point essentiel, une exigence démocratique : un parti qui a perdu le pouvoir doit accepter d'assumer son nouveau statut politique.
Mais cette exigence doit également être entendue par les autres responsables du PDG.
L'ancien parti au pouvoir ne peut pas, d'un côté, se réclamer de la continuité historique et, de l'autre, vouloir bénéficier immédiatement des avantages politiques d'une proximité avec le nouveau pouvoir.
Il ne peut pas non plus demander aux Gabonais de tourner la page tout en refusant lui-même de faire le bilan de son action.
La refondation d'un parti commence par la reconnaissance de ses erreurs, l'acceptation de son nouveau statut et le renouvellement de ses pratiques.
À cet égard, les militants du PDG qui souhaitent voir leur formation faire l'expérience de l'opposition soulèvent une question politique pertinente : après cinquante-six années de participation à l'exercice du pouvoir, le parti ne gagnerait-il pas à apprendre à exister sans contrôler les leviers de l'État ?
VI. POURQUOI LE PDG DEVRAIT ASSUMER PLEINEMENT SON STATUT D'OPPOSITION
Dans les grandes démocraties, la perte du pouvoir implique généralement un changement de position institutionnelle.
Le parti battu ne disparaît pas. Il conserve ses droits, ses élus, ses militants et sa capacité à formuler des propositions. Mais il doit accepter de ne plus diriger l'État.
C'est précisément l'intérêt de l'alternance.
Au Sénégal, le Parti socialiste, longtemps dominant sous Léopold SEDAR SENGHOR puis Abdou DIOUF, a perdu le pouvoir en 2000 face à Abdoulaye WADE. Il a dû apprendre à exercer son influence depuis l'opposition.
Au Ghana, le New Patriotic Party (NPP) a perdu la présidentielle de 2008 face au National Democratic Congress (NDC), puis a alterné à nouveau au pouvoir et dans l'opposition au fil des scrutins.
En Zambie, le United National Independence Party (UNIP), qui avait dominé le pays depuis l'indépendance, a perdu le pouvoir en 1991 face au Movement for Multiparty Democracy (MMD).
Ces exemples démontrent une vérité essentielle : la perte du pouvoir n'est pas une humiliation démocratique. C'est une étape normale de la vie politique.
Un parti qui a perdu la confiance majoritaire doit accepter de reconstruire sa crédibilité depuis l'opposition.
Le PDG pourrait donc transformer cette période en une véritable opportunité historique.
Au lieu de chercher immédiatement une place dans les cercles de décision, ses responsables pourraient consacrer leur énergie à réorganiser le parti, à renouveler leurs cadres, à écouter les populations et à élaborer une nouvelle vision du Gabon.
L'opposition n'est pas une punition. C'est une école de responsabilité.
Elle permet de comprendre que l'État n'est pas la propriété d'une formation politique, que les institutions ne sont pas des instruments de récompense et que l'engagement politique doit survivre à la perte des privilèges.
VII. LES DANGERS POLITIQUES D'UNE ALLIANCE TROP ÉTROITE AVEC L'ANCIEN PARTI AU POUVOIR
C'est probablement le point le plus important que le président de la République devrait examiner à la lumière de cette rencontre.
Le dialogue avec le PDG ne constitue pas, en soi, un danger. Au contraire, il peut contribuer à l'apaisement du climat politique.
Le risque apparaît lorsque le dialogue se transforme en intégration politique privilégiée, lorsque la recherche de la cohésion nationale devient une justification pour réintroduire massivement les anciens responsables dans les centres de décision.
Plusieurs dangers peuvent en découler.
1. Le risque de brouiller le message du 30 août 2023
Le 30 août 2023 a été présenté comme une rupture avec un système arrivé à bout de souffle.
Si les principaux responsables de ce système retrouvent rapidement une influence déterminante dans les décisions publiques, une partie de la population pourrait considérer que le changement annoncé n'a été qu'un changement de personnel, sans véritable transformation des méthodes.
Le président OLIGUI NGUEMA pourrait alors être confronté à une contradiction entre son discours de refondation et ses choix politiques.
Le peuple attendait un renouvellement. Il ne faudrait pas lui donner le sentiment d'assister à une reconstitution de l'ancien système sous une nouvelle bannière.
2. Le risque de perdre une partie de sa base populaire
La légitimité politique du président ne repose pas uniquement sur les responsables des partis qui viennent lui exprimer leur soutien.
Elle repose également sur les citoyens qui ont accompagné le processus de transition, sur les électeurs qui lui ont accordé leur confiance en 2025 et sur les Gabonais qui attendent des résultats concrets.
Le président doit donc veiller à ne pas donner le sentiment que les alliances entre élites politiques prennent le dessus sur les attentes populaires.
Une alliance avec le PDG qui serait perçue comme une réhabilitation sans conditions pourrait créer de l'incompréhension, de la déception et une perte de confiance.
3. Monsieur le Président, ne tombez pas dans le piège de la naïveté politique : les sourires ne sont pas toujours des preuves de loyauté
Monsieur le Président de la République, Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, il y a une réalité politique que vous ne devriez jamais perdre de vue : en politique, les déclarations de soutien ne sont pas toujours des déclarations d'attachement sincère, et les poignées de main ne constituent pas nécessairement des engagements de fidélité.
Vous auriez tort de tomber dans le piège de la naïveté en considérant que les responsables du PDG qui viennent aujourd'hui à votre rencontre vous portent tous une affection politique sincère, qu'ils ont définitivement tourné la page de leurs anciens intérêts ou qu'ils vous accompagneront indéfiniment dans votre action.
Ne vous méprenez pas sur les motivations de certains de ces ralliements. Il est possible que des hommes et des femmes aient sincèrement évolué dans leur vision politique. Mais il serait tout aussi imprudent d'ignorer que, pour d'autres, le rapprochement avec le pouvoir actuel peut représenter une occasion de préserver des positions, de retrouver une influence ou de maintenir des avantages auxquels ils ont été habitués pendant plusieurs décennies.
Monsieur le Président, ne partez surtout pas du principe que ceux qui ont perdu leurs privilèges y ont définitivement renoncé. La perte du pouvoir n'efface pas nécessairement les ambitions. Elle peut même renforcer, chez certains, le désir de retrouver les positions perdues.
Hier, ces responsables défendaient Ali BONGO ONDIMBA et son système. Ils en étaient les acteurs, les soutiens et parfois les plus fervents porte-voix. Aujourd'hui, certains viennent vous assurer de leur disponibilité et de leur adhésion à votre vision. Demain, si les rapports de force venaient à évoluer, qu'est-ce qui vous garantirait qu'ils ne changeraient pas une nouvelle fois de discours ?
La crise actuelle du PDG devrait précisément vous servir de leçon. Elle démontre que les intérêts, les ambitions et les fidélités politiques peuvent rapidement entrer en collision lorsque les avantages et les positions sont menacés.
Vous devez donc vous garder de croire que vous pourrez toujours tenir la main à cette formation politique et que votre autorité suffira, à elle seule, à contenir ses contradictions internes.
Un parti qui n'a pas encore réglé ses comptes avec son propre passé ne peut pas devenir, du jour au lendemain, un partenaire parfaitement fiable pour la conduite de l'État.
Il existe également une autre réalité que vous devriez regarder avec la plus grande attention : celle des départements ministériels, des administrations et des secteurs de l'État où les responsables issus de l'ancien système ont conservé ou retrouvé une influence déterminante.
Il ne suffit pas de regarder les déclarations faites au Palais Rénovation. Il faut également regarder les résultats sur le terrain.
Examinez les départements ministériels et les administrations placés sous la responsabilité de personnalités issues du PDG. Regardez les réalisations, la qualité du service public, la gestion des ressources, les difficultés persistantes et les résultats obtenus. Faites le bilan, département par département, ministère par ministère, sans complaisance et sans considération partisane.
Si les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions présidentielles, si les mêmes lenteurs administratives persistent, si les mêmes réflexes de gestion se reproduisent, alors il faudra avoir le courage de tirer les conséquences qui s'imposent.
Car, Monsieur le Président, la participation du PDG à votre gouvernement pourrait finir par vous tirer vers le bas.
Vous risquez de porter politiquement les insuffisances, les erreurs et les pratiques de responsables dont vous ne maîtrisez ni nécessairement les motivations ni les véritables ambitions.
Le danger est considérable : pendant que vous porterez la responsabilité des résultats de votre mandat, certains pourraient continuer à fonctionner selon les anciens réflexes, préserver leurs réseaux et protéger leurs intérêts. Et lorsque les résultats ne seront pas au rendez-vous, c'est votre autorité qui sera mise en cause, c'est votre bilan qui sera jugé et c'est votre crédit politique auprès des Gabonais qui sera affecté.
Ne prenez donc pas le risque de devenir le garant politique de ceux dont les pratiques ont contribué à provoquer la rupture du 30 août 2023.
Vous n'avez pas besoin du PDG pour démontrer votre capacité à rassembler le Gabon. Vous avez besoin de compétences, de responsables intègres, de collaborateurs capables de défendre votre projet sans arrière-pensée et de femmes et d'hommes qui comprennent que le service de l'État passe avant la préservation des privilèges.
Monsieur le Président, le plus grand danger n'est pas de recevoir vos anciens adversaires. Le plus grand danger serait de leur confier les leviers de votre action sans avoir préalablement mesuré leur sincérité, leur capacité de transformation et leur loyauté envers le projet national.
La confiance en politique doit se mériter. Elle ne se distribue pas au gré des audiences, des accolades et des déclarations de soutien.
4. Le risque d'importer les anciennes méthodes de gouvernance
Un parti politique ne change pas simplement parce qu'il change de positionnement.
La transformation suppose une remise en question des pratiques, des réflexes, des mécanismes de fonctionnement et de la culture du pouvoir.
Or, si des responsables issus de l'ancien système entrent dans les centres de décision sans avoir véritablement rompu avec les méthodes qui ont caractérisé leur gestion, ils peuvent contribuer à reproduire les mêmes dysfonctionnements.
La proximité avec le pouvoir ne garantit pas la compétence. L'ancienneté politique ne garantit pas l'efficacité. Et la capacité à mobiliser des réseaux ne constitue pas nécessairement une preuve d'adhésion au projet de transformation nationale.
5. Le risque d'une loyauté conditionnée par les avantages
Une formation politique qui a longtemps exercé le pouvoir peut avoir développé des habitudes de proximité avec les institutions, les ressources publiques et les réseaux administratifs.
La perte de ces positions peut provoquer des repositionnements rapides.
Le président doit donc se garder de confondre le soutien politique affiché avec une loyauté éprouvée.
La véritable fidélité se mesure dans la durée, dans la capacité à défendre un projet même lorsque les circonstances sont difficiles, et dans le respect des institutions, y compris lorsque les intérêts personnels sont contrariés.
6. Le risque de fragiliser la cohérence de la majorité présidentielle
Une majorité politique a besoin d'une ligne directrice, d'une vision commune et d'une certaine cohérence entre ses composantes.
L'intégration de responsables issus de formations aux histoires, aux ambitions et aux intérêts parfois contradictoires peut compliquer la prise de décision.
Le président pourrait se retrouver à devoir arbitrer des rivalités héritées de l'ancien régime, plutôt qu'à mobiliser toute son énergie sur les priorités nationales.
La reconstruction du Gabon exige des équipes soudées autour d'objectifs précis, et non une juxtaposition de personnalités dont les motivations ne sont pas toujours les mêmes.
7. Le risque de déresponsabiliser les anciens dirigeants
Enfin, une réintégration politique trop rapide pourrait être interprétée comme un effacement du débat sur les responsabilités de l'ancien système.
Il ne s'agit pas de pratiquer une exclusion collective ni de priver quiconque de ses droits politiques. Les responsabilités doivent être établies individuellement, dans le respect de la présomption d'innocence et de l'État de droit.
Mais la reconstruction nationale exige que les leçons du passé soient tirées.
Il serait politiquement dangereux de faire comme si les cinquante-six années de gouvernance du PDG n'avaient laissé aucune question à résoudre.
VIII. LE PDG DOIT APPRENDRE A VIVRE SANS LE POUVOIR : UNE EXIGENCE DE MATURITÉ DÉMOCRATIQUE
Il faut le dire sans détour : le PDG a parfaitement le droit d'exister, de s'organiser, de tenir ses congrès, de présenter des candidats et de défendre ses idées.
La démocratie ne saurait être réservée aux partis qui soutiennent le président de la République.
Mais disposer de droits politiques ne signifie pas avoir un droit automatique à participer à la gestion gouvernementale.
Un parti qui a perdu le pouvoir doit pouvoir accepter de siéger dans l'opposition, d'interpeller le gouvernement, de contrôler l'action publique et de proposer une autre vision.
C'est précisément ce que signifie le pluralisme démocratique.
Le PDG devrait donc saisir cette période pour se reconstruire en profondeur.
Ses militants ont besoin de comprendre que l'appartenance à une formation politique ne garantit pas un accès permanent aux responsabilités publiques.
Ses dirigeants doivent également comprendre que la République n'est pas un patrimoine partisan.
La crise actuelle, notamment les contestations autour de la légitimité d'Ali Bongo et de la direction conduite par Blaise LOUEMBE, montre que le parti doit d'abord régler ses propres contradictions.
Le congrès annoncé du 27 au 29 novembre 2026 sera à cet égard un rendez-vous déterminant.
Mais au-delà de la désignation d'une direction, le véritable enjeu sera de savoir si le PDG est capable de faire son autocritique et de définir une nouvelle identité politique.
Un parti qui ne sait pas expliquer pourquoi il a perdu le pouvoir risque de reproduire demain les mêmes erreurs.
IX. OLIGUI NGUEMA DOIT FAIRE LA DIFFÉRENCE ENTRE LE DIALOGUE ET LA CONFUSION POLITIQUE
Le président de la République a raison de recevoir les différentes formations politiques.
Il a raison de favoriser le dialogue et de rechercher la cohésion nationale.
Il a raison de considérer que le Gabon appartient à tous ses enfants, y compris ceux qui ont soutenu hier le régime déchu.
Mais il doit également savoir que tous les rapprochements politiques n'ont pas la même signification.
Recevoir un ancien adversaire, ce n'est pas lui confier automatiquement les responsabilités de l'État.
Écouter une formation politique, ce n'est pas lui accorder une place privilégiée dans la majorité.
Accepter le dialogue, ce n'est pas renoncer aux exigences de renouvellement.
Le président OLIGUI NGUEMA doit faire preuve d'une grande vigilance dans la composition de ses équipes et dans la définition de ses alliances.
Les responsabilités publiques doivent être confiées sur la base de critères précis : la compétence, l'intégrité, la loyauté institutionnelle, les résultats et l'adhésion réelle au projet national.
Le Gabon n'a pas besoin d'un gouvernement de récompense politique. Il a besoin d'un gouvernement de résultats.
Il n'a pas besoin de responsables qui changent de discours selon les circonstances. Il a besoin de femmes et d'hommes capables de servir la République avec constance.
Et surtout, il n'a pas besoin que les rivalités internes de l'ancien parti au pouvoir deviennent une nouvelle source d'instabilité dans la conduite de l'État.
CONCLUSION : LE RASSEMBLEMENT NE DOIT PAS SE FAIRE AU DÉTRIMENT DE LA RUPTURE
La rencontre du 30 octobre 2026 entre Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA et les responsables du PDG constitue un acte politique qui mérite d'être analysé au-delà de sa dimension protocolaire.
Elle rappelle que le dialogue demeure indispensable à la construction démocratique du Gabon.
Mais elle pose également une question fondamentale sur la nature du changement engagé depuis le 30 août 2023.
Le président de la République doit-il ouvrir les portes du dialogue ? Assurément.
Doit-il respecter les militants du PDG et leur droit de participer à la vie politique nationale ? Évidemment.
Doit-il pour autant transformer cette ouverture en une alliance gouvernementale privilégiée avec les responsables de l'ancien système ? Rien ne l'y oblige.
Le PDG a dirigé le Gabon pendant cinquante-six ans. Il a perdu le pouvoir en 2023. Il a ensuite obtenu quinze sièges à l'Assemblée nationale lors des élections législatives de 2025, loin derrière l'UDB. Il traverse aujourd'hui une crise interne qui révèle la difficulté de ses dirigeants à s'accorder sur leur propre avenir.
Il serait donc parfaitement démocratique que cette formation assume pleinement son statut d'opposition et engage le travail de refondation que lui impose son histoire.
Le président OLIGUI NGUEMA doit comprendre qu'un soutien politique ne se mesure pas au nombre de délégations reçues au Palais Rénovation, ni au nombre de responsables qui se déclarent soudainement acquis à sa vision.
Il se mesure à la constance, à la sincérité, à la compétence et à la capacité de contribuer effectivement à la transformation du pays.
Monsieur le Président, ne laissez pas la volonté légitime de rassembler le Gabon se transformer en une facilité politique qui pourrait compromettre votre ambition de transformation. Ne confondez pas les ralliements de circonstance avec la fidélité, ni les sourires d'aujourd'hui avec les engagements de demain. Ceux qui ont longtemps vécu dans les privilèges du pouvoir ne les abandonnent pas nécessairement parce que le pouvoir a changé de mains.
Examinez les résultats, observez les comportements et tirez les conséquences nécessaires. Regardez les administrations, les départements ministériels, les responsables et les pratiques. Ne vous laissez pas enfermer dans une alliance qui pourrait finir par vous coûter politiquement plus qu'elle ne vous apporte.
Car, au terme de votre mandat, les Gabonais ne jugeront pas les responsables du PDG qui vous auront accompagné : ils vous jugeront, vous.
Le Gabon ne doit pas remplacer une ancienne hégémonie par une nouvelle confusion des intérêts.
La véritable réconciliation nationale consiste à permettre à chacun de participer à la vie de la République, tout en respectant les exigences de responsabilité et de redevabilité.
Le 30 août 2023, les Gabonais ont exprimé une aspiration profonde à la rupture. Cette aspiration ne doit pas devenir une simple référence historique que l'on invoque dans les discours, avant de reproduire les mécanismes du passé dans la pratique.
Le président OLIGUI NGUEMA a le devoir de rassembler les Gabonais, mais il a également la responsabilité de protéger l'esprit du changement. Le dialogue avec le PDG, oui. La confusion entre réconciliation et réhabilitation politique automatique, non.
Car, au bout du compte, le plus grand allié d'un président de la République ne devrait jamais être une formation politique en quête de repositionnement, mais le peuple gabonais et la confiance qu'il place dans son action.
Le Gabon a besoin d'un avenir nouveau, pas d'un retour déguisé vers son passé.
Le rédaction de Bantouinfo
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